Michel Bertrand
     

 

Y-a-t'il encore des lecteurs de la bible ?

Le peuple protestant est-il encore un lecteur de la Bible ? On peut en effet se poser la question avec inquiétude. J’ai moi-même parlé au synode national de " passion biblique endormie ". Or sans lecture de la Bible, c’est le fondement même du protestantisme est en péril. Elle est le socle de notre foi et de notre témoignage. Contre les illuministes qui prétendaient apporter des révélations particulières, les réformateurs vont sans cesse ramener à la Bible. C’est pourquoi nous devons être, redevenir un peuple de lecteurs de Bible. D’autant que l’attente est grande dans une société qui a perdu sa mémoire religieuse et notamment biblique, au point que la culture devient indéchiffrable.

C’est le retour constant aux Ecritures qui maintient nos convictions sur le sol de la première prédication chrétienne. C’est par elles que Dieu se rencontre et se révèle dans un tête à tête avec Lui sans intermédiaires. En effet, chacun est placé à égalité devant ce texte toujours disponible. Même s’il est vrai que ce n’est pas un livre toujours facile à lire. Cette lecture met en jeu notre émotion, notre piété, notre intelligence, notre culture et notre histoire. A ceux qui disent que lire la Bible est un acte intellectuel réservé à quelques uns, il faut rappeler ces protestants qui autrefois apprenaient à lire pour pouvoir lire les Ecritures, les étudier, les prier, les méditer articulant dans un même geste l’acte cultuel et l’acte culturel. Et si le peuple protestant ne lit plus la Bible, l’autorité va se concentrer sur un corps de clercs, un magistère dont on sait les dangers.

Et j’insiste notamment sur la lecture communautaire, qui en ouvrant à des lectures plurielles nous préserve du subjectivisme, du sectarisme, voire du fanatisme. Ce va et vient entre le texte et moi et les autres nous empêche de prendre nos convictions comme l’unique vérité. Aujourd’hui, dans le contexte de religiosité fusionnelle, où on est tenté de n’entendre que ce qui nous conforte, la Bible révèle une Parole autre qui bouscule et interpelle. C’est pourquoi il nous faut toujours " partir " des Ecritures au double sens de s’y enraciner et d’en faire jaillir une parole qui rejoint l’histoire, une parole vive, la parole du Dieu vivant au cœur de ma vie.

Ainsi à tout moment, je peux ouvrir ma Bible et y entendre une parole de consolation, d’interpellation ou d’encouragement.

Michel Bertrand